Durant ces dernières années, les horizons du patrimoine industriel se sont considérablement élargis, tant sur le plan sectoriel, que sur celui des approches méthodologiques. En ce qui concerne l’expansion sectorielle on peut difficilement rendre compte des nombreux travaux de recherche qui reflètent le fort intérêt des chercheurs et des experts pour les nouvelles filières de la production industrielle. Néanmoins on peut citer à titre d’exemple les travaux d’Icomos Germany (International Council on Monuments and Sites) sur les domaines du nucléaire et de l’aérospatiale, les études thématiques du Ticcih (The International Committee for the Conservation of Industrial Heritage) sur l’industrie de l’eau et du pétrole, le numéro monographique « Patrimoine Industriel » de la revue du Cilac, dédié à une première histoire de l’industrie informatique. La dilatation temporelle de ce qu’on appelle encore aujourd’hui « archéologie industrielle » ne concerne pas seulement les secteurs à l’avant-garde de la production industrielle qui ont depuis peu commencé à susciter un intérêt dans le domaine du patrimoine industriel.

Une attention tout aussi importante émerge pour l’origine de la production industrielle, avec des recherches qui documentent l’importance du tissu dense d’activités proto-industrielles, liées à des productions traditionnelles, qui, à côté de « grandes entreprises » ante-litteram, comme l’étaient nombre de mines et arsenaux, ont constitué les antécédents et le terrain fertile pour le développement des activités industrielles modernes. Chantiers navals, mines, forges, papeteries, manufactures textiles, tanneries, moulins à blé, usines et ateliers travaillant sur différentes productions ont précédé l’avènement de l’industrie moderne, intégrée et mécanisée. On peut faire la même constatation avec l’usage de sources d’énergie propres de la première et de la deuxième révolution industrielle : coke, vapeur, carburants fossiles, électricité. Sans sous-estimer le rôle fondamental de l’innovation technologique, il ne faut pas perdre de vue que les phénomènes qui mettent en évidence les facteurs de continuité (adaptation, gradualisme, incrémentalisme, etc.) sont tout autant importants que les phénomènes de rupture et de « destruction créatrice » évoqués par Schumpeter. La notion même de « révolution industrielle » est depuis quelques temps l’objet de nouvelles interprétations, qui reconnaissent à quel point ses caractéristiques distinctives seraient plus le fruit de l’évolution et des longues coexistences de différents modes de production, que de ruptures radicales des précédentes organisations productives.

Un autre aspect non secondaire de l’élargissement des horizons des phénomènes étudiés concerne la consolidation d’une « vision de filière » du progrès industriel dans la perspective de l’histoire de l’entreprise. Jusqu’à présent le concept de patrimoine industriel était centré sur la production dans le sens le plus stricte du terme : les lieux de la production, les infrastructures pour l’approvisionnement des matières premières, les installations pour la production de l’énergie nécessaire aux fonctionnement des ateliers, l’habitat pour la main d’œuvre utilisée pour la production. Dans la nouvelle vision de filière, l’idée de patrimoine s’étend vers deux directions. La première est celle qui concerne la circulation et la distribution d’un produit industriel qui est fabriqué pour la vente et la consommation : ce n’est pas un hasard si parmi les exemples les plus récents de valorisation du patrimoine industriel on trouve des installations logistiques d’importance historique : Albert Dock à Liverpool, Castlefield à Manchester, Speicherstadt à Hambourg, Magazzino 29 du Porto Vecchio de Trieste. Le maillon suivant de la filière est celui de la distribution, en particulier de la grande distribution moderne, qui aujourd’hui occupe le centre d’une activité intense de recherche sur l’évolution complexe de ses formes organisationnelles, des premiers Grands Magasins (Galeries Lafayette, Bon-Marché, Printemps), aux centres commerciaux actuels (qui trouvent leur prototype dans le Northland Center de Chicago, dessiné par Victor Gruen en 1954).

L’autre filière qui jusqu’à présent n’a pas été encore parcourue dans toutes ses implications est celle environnementale. Un nombre croissant d’experts voit dans l’époque actuelle une nouvelle ère géologique caractérisée par l’action omniprésente et déstabilisante d’un facteur qui dans les époques précédentes n’avait pas eu un rôle aussi important : l’action humaine. La date du début de cette ère nouvelle – qui a été nommée Anthropocène – pourrait remonter à la deuxième moitié du XXe siècle et les effets cumulatifs de la révolution industrielle sur les écosystèmes et sur l’environnement en général en seraient en bonne mesure responsables. Une vision patrimoniale de l’industrie qui ne soit pas partielle doit inclure, dans la liste de ses témoignages ceux qui offrent une documentation des altérations environnementales des activités industrielles du passé. A côté de cette « patrimonialisation négative » devront être analysées, avec autant d’attention, les effets positifs de la patrimonialisation industrielle qui dérivent de la réutilisation des sites et des établissements désaffectés, ainsi que de l’épargne en termes d’énergie employée et de sol utilisé qui en découle par rapport aux pratiques de démolition et de reconstruction.

Programme

Présentation et inauguration. Giovanni Luigi Fontana (Professeur, Université de Padoue)

Session 1.
Président de séance. Giovanni Luigi Fontana

- Les principes de protection du patrimoine industriel dans les chartes de conservation : Venise et Nizny Tagil. Massimo Preite (Professeur, Université de Padoue).
- Emil Kolben et Prague-Vysočany : développement, pic industriel et transformation actuelle. Marcela Efmertova (Professeur, université Polytechnique de Prague).
- Le patrimoine ferroviaire raconté à partir des images : Pietro Maria Bardi et les mémoires du « Train de fer ». Marina Martin Barbosa (Promotion 8 “Patrimundus”).
- Process of patrimonialization of the industrial heritage: the institutionalization of a common good. Adriana Giroletti (Promotion 12 “Firmitas”).
- Patrimonialisation industrielle et environnement. Nadio Degan (Promotion 11 “Phénix”).

 

Session 2.
Président de séance. Massimo Preite

- Villages ouvriers et company town : une approche globale. Giovanni Luigi Fontana (Professeur, Université de Padoue).
-
Urban industrial heritage: history, culture of reuse and adaptivity in Rome, critical issues between conservation and use. Edoardo Currà (Professeur, Université “La Sapienza” Rome).
- City and IndustrY: A legal perspective. Marco Giampieretti (Professeur, Université de Padoue).
- Problèmes et perspectives d'un développement tardif du patrimoine industriel, le cas argentin. Mariela Ceva (Professeur, Universidad Católica Argentina), Astrid Dahhur (Promotion 14 “Omonoia”).
- Le système de stockage du Ferrocarril Mexicano : ses caractéristiques, son passé et son présent, 1873-2021. Francisco Corona Flores (Promotion 12 “Firmitas”).
- Les nouveau défis du patrimoine industriel aux temps du COVID-19. Quelques exemples du Mexique. Humberto Morales Moreno (Directeur du Centre de Recherches d’Histoire Économique et Sociale, Institut d’Études Stratégiques, Université Autonome de Puebla).

                         

Conclusion.